lunes, 7 de febrero de 2011

Voir un médecin en Espagne: visite au centre de santé à Madrid

...ou kafka chez les toros épisode quarante-douze. Un des aspects casse-pied de la vie quotidienne dans un autre pays d'Europe que le sien, c'est tout ce qui a trait à la santé.

En France :
  • Aller chez le médecin, c'est jamais un moment de plaisir, ne serait-ce que par définition, parce qu'on est malade.
  • Mais on y va, il nous ausculte, nous parle, nous dit ce qu'on a, nous fait une ordonnance le cas échéant, puis on paie et on repart avec une idée de ce qu'on doit faire, prendre, ne pas faire pour guérir et aller mieux.
  • Pour les filles, aller voir un(e) gynéco c'est une épreuve à laquelle on se soumet contrainte et forcée pour s'assurer que tout aille bien, avec plus ou moins de chance selon l'empathie du médecin,
mais alors en Espagne,
  • le système de santé public est certes gratuit et on ne paye absolument rien pour un diagnostic ou une opération,
  • mais voir un médecin oscille entre le parcours du combattant et la plongée dans l'absurde,
  • se faire ausculter relève d'un excés d'optimisme ou d'un simple mirage à mettre sur le compte de la fièvre,
  • et l'épreuve du gynéco pourrait bien décider une anxieuse à reprendre dare-dare un aller simple direction l'Hexagone.

J'en ai déjà parlé ici même, et les articles qui parlent du service public de santé versus médecine privée en Espagne abondaient déjà sur les blogs au temps où je me suis installée à Madrid (il y a 3 ans ans ces jours-ci!!) alors j'imagine que vous devez en savoir presqu'autant ou plus que moi ...

Mais comme ça fait longtemps et que c'est une des facettes tragi-comiques de la vie d'une franchute (lire "frantchouté", et non je ne suis pas tombée dans la drogue pour oublier combien la France me manque depuis 3 ans!) en Espagne, ben je vous sors ma dernière expérience en date.

En novembre, des douleurs abdominales récurrentes commençaient à m'inquiéter... Au bout de quelques semaines de douleurs quotidiennes plus ou moins fortes, je décide d'aller voir le médecin.


JE SUIS UNE WARRIOR
En principe, ce ne devrait plus être la même galère qu'à mon arrivée en Espagne. Je suis désormais aguerrie et en chat échaudé, après notre déménagement dans le quartier de Salamanca, et le vol simultané de mon portefeuille qui contenait ma tarjeta sanitaria, j'ai profité du mois d'août pour refaire toutes les démarches nécessaires pour avoir accès aux services de santé à Madrid :

J'ai refait faire mon empadronamiento (inscription au Padrón, registre de la mairie de quartier) et pas oublié cette fois que le certificat n'était valable que 3 mois. Munie de ce certif, d'une déclaration de vol au commissariat, de mon papier d'inscription à la sécu, prouvant que je cotise, de mon document NIE (numéro d'étranger en Espagne), de ma carte d'identité française et tout ça en photocopie et en original, je me suis inscrite dans le centre de santé dont dépend ma nouvelle adresse. Au cours de cette inscription j'ai bien précisé que ladite tarjeta sanitaria m'avait été volée et je me suis donc vue remettre un papier provisoire valable 3 mois, le temps de recevoir ma nouvelle carte.



VOIR UN MÉDECIN - et non pas ETRE VU(E) PAR UN MÉDECIN

Je suis donc assez confiante, même si cette visite dans un dispensaire où la moyenne d'âge chute brutalement quand j'entre dans la salle d'attente, n'est jamais très agréable. Mais le parcours du combattant paraît inévitable :
  • D'abord (mais ça fait partie du folklore), mon nouveau centre de santé est encore plus loin de chez moi que celui dont je dépendais quand j'habitais à Tirso de Moline. Il est à 15 minutes à pied, sans transports en commun pratiques. Ce qui est pas franchement pratique pour aller voir un médecin, quand on est malade (et l'un accompagne souvent l'autre curieusement, comme je le signalais plus haut).
  • Mais passons. En principe donc, je dois simplement m'équiper de ma carte de santé et appeler le numéro indiqué aux horaires de bureau pour prendre rdv. Mais ma carte ne m'a toujours pas été expédiée.
  • J'appelle donc le numéro d'assistance au patient indiqué sur le certificat papier qu'on m'a remis en août. J'ai de la chance, on décroche au bout de seulement 2 essais. J'explique à la dame en lui donnant mon numéro de sécu, que mon papelard provisoire est sur le point d'expirer, que je n'ai pas encore reçu la carte par courrier mais que je voudrais voir un gynécologue. Elle m'explique que pour voir un spécialiste il faut d'abord voir un généraliste, me donne un rdv avec le généraliste qui m'a été attribuée au cours de mon inscription, et quant à ma carte, elle me répond qu'apparemment elle m'a bien été envoyée, et qu'il suffira une fois au centre de santé que j'explique mon cas pour qu'ils refassent une demande.
  • Même si voir un généraliste pour lui dire que tu veux voir un gynéco c'est une légère perte de temps, je raccroche agréablement surprise de son efficacité.
  • Le jour du rdv arrive, je vais à mon centre de santé, et suivant les panneaux, me rends directement dans le couloir qui tient lieu de salle d'attente devant la salle, où, selon ce qu'on m'a indiqué par téléphone, reçoit "mon" médecin.
  • Cette fois encore, j'ai beau être prévenue, les papis-mamis malades alignés sous les néons blaffards me rendent tout sauf joyeuse.
  • Le docteur sort de son cabinet. Je me redresse, fausse alerte, c'est sa pause.
  • Elle revient 15 minutes après, et fait l'appel des prochains patients en leur indiquant l'ordre dans lequel on devra rentrer.
  • 3 patients plus tard, j'entre dans le cabinet, salue et m'assoie derrière le bureau. La femme n'a pas fait un geste vers moi et à peine levé la tête de son ordinateur. Je lui explique mes douleurs qui se sont fait plus fortes ces derniers jours. Je lui demande s'il serait possible de voir un gynéco rapidement, ou qu'elle-même me prescrive des examens pour aller plus vite.
  • Elle m'explique que le médecin généraliste ne peut pas me prescrire l'échographie qui serait nécessaire,
  • Seul le gynéco pourra me la prescrire.
  • Et oui, ça peut durer et non, il n'y a pas de procédure rapide: soit les douleurs se font impossibles à supporter et c'est les urgences, où tous les examens seront fait gratuitement et instantanément, soit je reste dans l'état où je suis, qui ne représente pas une urgence, et je dois suivre la procédure normale.
  • Elle rentre donc mon nom dans son intranet, pour qu'il apparaisse sur une liste d'attente pour obtenir un rdv chez le gynéco. On va m'appeler dans les 72h pour me proposer un rendez-vous as soon as possible.
  • Elle me donne une ordonnance pour un rdv pour un frottis, ça elle peut me le prescrire directement et me donne même un numéro de téléphone d'une Matronne-dentiste (sic) pour le faire.
  • 3 minutes après, la visite est finie. Je ressors avec mon sésame pour obtenir un rdv qui me donnera un autre sésame pour faire faire des examens.
JE SUIS A NOUVEAU "SANS PAPIER"... DE SANTÉ

  • Je retourne dans le hall d'entrée pour passer au guichet régler ces histoires de tarjeta sanitaria. Je prends ma place dans la file d'attente et observe entre énervement et verguenza ajena, l'employé traiter avec mépris une jeune Sud-américaine qui est venue demander sa carte de santé.
  • Lorsque l'employé l'a interrogée sur son statut, elle a indiqué qu'elle venait demander une carte de santé "parce qu'elle travaille en Espagne" mais selon les papiers de la sécu, elle n'a pas d'emploi déclaré. Ce qui visiblement autorise l'employé à lui faire une leçon de morale sur le fait qu'elle ne devrait pas raconter de mensonges. Comme en plus, elle n'a pas les photocopies des papiers, il la renvoit chez elle pour qu'elle revienne avec tous les papiers pour demander une carte, "en tant que sans-emploi" brâme le bon citoyen.
  • C'est mon tour, je lui donne ma carte de santé provisoire que sa collègue m'a donné au mois d'août, périmée depuis la veille et lui demande de vérifier pourquoi ma carte ne m'a pas été adressée.
  • Il m'explique que ma carte a été émise en 2008 et a été envoyée à mon ancienne adresse
  • Je lui réponds que cette carte a été volée, raison pour laquelle lorsque je me suis inscrite auprès de leur centre de santé avec mon empadronamiento en août, je me suis fait remettre un papier provisoire... que je viens de lui donner.
  • Il me jette d'un air fatigué que ce papier indique clairement qu'aucun duplicata n'a été demandé. Mais c'est ce que j'ai fait, lui dis-je, sinon pourquoi aurais-je ce certif provisoire, qui remplace la carte de santé, si j'avais encore la dite carte?
  • Le système, me dit-il, indique que j'ai ma carte, elle n'a pas été annulée et ce papier n'a pour vocation que de me donner l'adresse du centre et le nom /horaires de mon médecin. Si ma carte a été volée, il a besoin de tous mes papiers (NIE, padron, sécu...) pour faire une demande de duplicata.
  • Là, je perds mon calme et lui dis que non, je n'ai pas mon NIE avec moi, que j'ai déjà apporté tous ces papiers en août, raison pour laquelle on m'a remis ce papier portant le titre "Certificat provisoire valable en cas d'absence de tarjeta sanitaria" et que si eux ils font mal leur boulot je ne vois pas pourquoi je devrais moi en payer les conséquences... je travaille, je n'ai pas le temps de refaire la queue pour obtenir un nouveau padrón, et revenir au centre de santé, pour refaire une démarche QUE J'AI DEJA FAITE!!!! ce que je veux c'est une carte de santé! Le monsieur est outré par mes propos: que je les accuse eux d'avoir fait une boulette??! Mais de quel droit??? Pourtant, bien que scandalisé, il semble avoir repéré le problème et trouve un moyen de remplir les cases pour faire une demande de duplicata.
  • Il me donne un nouveau papier provisoire, et me montre bien que sur ce papier là, il est indiqué qu'il s'agit d'une demande de nouvelle carte...
  • Fin de la première partie de l'aventure! Je repars avec un nouveau papier et l'espoir que l'on m'appelle pour un autre rdv avec un gynécologue.

Epilogue
Depuis novembre, je n'ai plus de nouvelles de ma carte de santé dupliquée. ça fait de nouveau 3 mois, et le nouveau certificat va à nouveau expirer.
J'ai vu le gynéco mais je n'ai toujours pas eu d'échographie dans le service public...
Mais ça c'est une autre histoire...La suite de mes aventures au prochain épisode !

4 comentarios:

Anónimo dijo...

J'avais déjà lu le début de tes aventures avec la sécurité sociale espagnole. C'était déjà très drôle, mais là c'est à mourir... Contente de voir que tu reprends ton blog. Et continue de nous narrer ainsi tes aventures avec esprit avec l'administration espagnole. C'est très instructif de comprendre ainsi les différents systèmes en Europe. Finalement on râle en France, mais quand même il y a pire. Buenos dias en Madrid, Pascale

florence dijo...

J´ai vécu la même avec l´endocrino, un rdv debout qui a duré en tout et pour tout 2mn25 secondes... tout ça pour finir par attérir 6 mois plus tard à l´hôpital Carlos 3 ( 4 28 stations de métro de chez moi) parce que là bas ils se sont avérés plus compétents et moins légers dans leur diagnostic. Pour la case gyneco et dentiste directement c´est en vacances en France sur la carte de sécu de ma mère...

Pakita dijo...

@Pascale, merci pour ton message et tes encouragements! Une fois de plus, j'essaie de me remettre au blog et c'est toujours très sympa de se rendre compte qu'on envoie pas ses écrits dans le "vent du cyberespace" :)
J'espère vraiment que les Espagnols qui me lisent ne croient pas que je critique sur le ton de "c'est mieux chez nous". Je cherche simplement à livrer une impression, en toute humilité, en toute honnêteté (mais avec un poil de mauvaise foi parfois ;), de raconter une histoire, en essayant de rire de la situation et de moi aussi...
@florence : merci de partager ton expérience ici (et de me confirmer que je ne suis ni enfant gatée ni hypocondriaque de m'offusquer ainsi...)
Après ces dernières aventures pour voir le gynéco, tu le verras dans les épisodes suivants, je suis aussi allée en France. J'ai payé de ma poche, n'ai pas cherché à me faire rembourser (ça va, les démarches administratives maintenant j'évite) mais c'est toujours beeeeeauuucoup moins cher que le privé en Espagne (et beeeeaaauuucoup plus rassurant que le public!)

Anónimo dijo...

je te conseille de prendre une "mutuelle", c'est une assurance privée (exple Sanitas) qui te permet de consulter beaucoup plus rapidement... une sorte d'abonnement à des centres de soins privés. La santé ca ne rigole pas ! :)
(parle en à tes collègues)