lunes, 15 de diciembre de 2014

Chez le boucher : demander les bons morceaux de boeuf en Espagne

- "Ah... un bon rumsteck, qu'est-ce-que je donnerais pour en manger un bien saignant!
- et un onglet aux échalottes, hummmmm, combien de temps ça fait que j'en ai pas mangé!
- Le boeuf, on a beau dire, il a pas la même tête en Espagne qu'en France*"...
C'est en voyant le dessin de découpe bovine ci-dessous chez Mômadrid ce matin que j'ai eu l'idée de ce post, sur un sujet qui me trottait dans la tête depuis... mon arrivée à Madrid en 2008!


Depuis que je vis à Madrid, j'ai souvent discuté de la viande de boeuf avec les Espagnols et les Français vivant en Espagne. Si, depuis quelques années, on trouve de plus en plus de restaurant inspirés surtout d'Argentine, de "carne a la brasa", où la viande de boeuf est à l'honneur, simplement en grillades, au barbecue, il faut dire qu'en Espagne traditionnellement, on trouve de la ternera. Ça devrait être du veau donc, mais apparemment, ce n'est pas forcément du "jeune" veau... (comprenne qui pourra). Dans tous les cas, que l'animal soit le même à quelques mois près ou pas, la différence est de taille. La viande de ternera est plus blanche que le boeuf, elle ne cuit pas pareil, bref, on dirait tout simplement une autre viande...

Ceci vient aussi du fait que les bouchers espagnols et français ne découpent pas leur viande de la même façon. Donc pour retrouver les morceaux auxquels on est habitués pour faire une recette en particulier, c'est pas évident! Du coup, à chaque fois que j'ai voulu faire du boeuf bourguignon, je me suis retrouvée dans l'incapacité de traduire exactement le morceau de viande que je voulais au boucher. (Il faut dire que je ne suis pas une experte, hein... et que je n'en fais pas non plus tous les dimanches!) 


La solution : un boucher français à Madrid! 

En 2009, lorsque le Mercado San Miguel a été inauguré, on y trouvait un boucher français, qui vendait, ô délice, des andouillettes, mais aussi de la viande coupée à la française... et j'ai pu faire un boeuf bourguignon, toute contente d'avoir pu simplement demander "du boeuf pour bourguignon". Le temps de déguster le-dit bourguignon et ce saint homme avait disparu, remplacé par un de ces stands de viande hâchée, qui prolifèrent dans les marchés madrilènes, où on empile les hamburguers déjà tout faits sous vide, qu'on nous vend à prix d'or sous prétexte que c'est du boeuf de Kobé, du Black Angus ou yo que sé... alors que moi je voudrais juste un bête mais bon steak hâché, qui ressemble pas à du veau ou à du cochon!

Et sinon... on regarde les découpes du boeuf! 
Ci-dessous les illustrations des deux types de découpe du boeuf, à l'espagnole et à la française.





Découpe du boeuf à la française

On y découvrira que pour avoir du filet, il faut demander un solomillo, par exemple... (c'est basique, mais ça peut aider!) Ça ne réglera probablement pas le problème de l'âge de l'animal, mais ça aidera peut-être ceux et celles qui souhaitent faire un plat en particulier et retrouver plus ou moins l'équivalent du morceau de viande qui convient le mieux pour la recette de leur pays! Et pour les autres, ce sera pour la culture ou pour satisfaire une curiosité linguistico-gastronomique!


* Ne soyons pas chauvins, ce post pourrait s'intituler en entier: "Chez le boucher : demander les bons morceaux de boeuf en Espagne et de ternera en France", car je suppose que les"problèmes" que je décris ici, les Espagnols vivant en France doivent les avoir dans l'autre sens!
Les illustrations sont publiées initialement chez: earlgrasset et l'OCU via Mômadrid

viernes, 12 de diciembre de 2014

Tu sais que tu es une maman quand...

Il y a un an exactement, je devenais maman. Depuis, ma vie a changé. Sisi! Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, je n'imaginais pas combien ce petit bout allait bouleverser mes moindres habitudes! Tous les jours, 10 fois par heure, je pense et agis différemment, je repète un geste que je n'avais jamais fait avant, et je ne parle pas seulement de changer les couches ou donner la purée à la cuillère! Je ne m'en rends même pas compte la plupart du temps, mais parfois je prends conscience de ma condition, avec un sourire ou un soupir un peu nostalgique du "temps d'avant"...

A l'occasion de ce premier anniversaire, je me suis amusée à noter ces petits changements, que je vous livre sous forme de liste (pas très original, mais c'est facile, et ça peut se compléter...)!


Tu sais que tu es une maman*, quand
1) tu n'arrives plus jamais à sortir à temps, parce qu'il y a toujours une couche à changer quand tu mets l'enfant chéri dans sa poussette et que tu es déjà en manteau dans l'entrée, une tétine à retrouver coincée entre le lit et le mur, juste avant de partir... et tu n'arrives plus jamais à l'heure à tes rendez-vous.
2) tu n'arrives plus à sortir de chez toi sans tâches de purée, de bavouille, de fruits, amoureusement écrasés sur tes vêtements...
3) tu n'arrives plus à sortir de chez toi à temps, même quand tu n'embarques pas l'enfant chéri, parce que tu dois briefer la nounou, changer de vêtements, en trouver qui ne soient pas tâchés, et essayer de te ravaler la façade en 30 secondes top chrono... tu cours tout le temps et tu arrives quand même en retard.
4) tu n'arrives plus à sortir !
5) ton enfant chéri te sert d'excuse pour sortir en retard et pour ne pas sortir ;)
6) tu te mets à te balancer/bercer dès que tu entends le cri d'un bébé, que ce soit le tien ou pas, que tu l'aies dans les bras ou pas.
7) tu te rends compte dans le métro que ça fait 5 minutes que tu te balances d'avant en arrière, alors que tu n'as pas l'enfant chéri dans tes bras.
8) tu te rends compte au supermarché que tu es en train de bercer le caddie, vide.
9) le passage à l'heure d'hiver change de sens: avant c'était "cool une heure de plus pour dormir", maintenant c'est "eh merde, une heure de sommeil en moins!"
10) tu pars en week-end avec une valise bourrée à craquer de trucs pour ton enfant chéri, mais où tu as oublié de glisser ta brosse à dents et un slip de rechange.
10 bis) tu ne pars plus en week-end...!

... et pourtant, tout à coup, il n'y a plus de sujet aussi passionnant que l'enfant chéri, sa vie, son oeuvre!  

Et toi? Qu'est-ce qui t'a fait réaliser que tu étais, sans aucun doute possible, passée du "côté obscur de la force"?

----
*je dirais peut-être "maman fatiguée", si  ce n'était un pléonasme...

miércoles, 2 de julio de 2014

S'installer en Espagne : impact de la crise sur l'emploi et l'immigration

A l'origine de ce blog était l'envie de raconter ma "migration" de Française en Espagne : en 2008, je quittais Paris pour Madrid.(voir la rubrique "tribulations d'une chômeuse en Espagne")

En juin de cette année-là, Libé titrait en une "le miracle espagnol" ou "l'Espagne qui gagne", je ne me souviens plus exactement... mais le ton était à l'admiration et à l'enthousiasme, après une coupe d'Europe remportée par la Roja, 4 années consécutives de croissance à 3%, d'excédent budgétaire, et de chômage à moins de 10%, divisé par deux en 10 ans.

En 2014, l'équipe d'Espagne se fait éliminer au Mondial au 1e tour, le chômage est à plus de 25%, ma nounou équatorienne m'annonce que son mari rentre en Equateur après 5 ans sans travail et El País titre : une hémorragie démographique sans précédents.

Déjà à mon arrivée en 2008, les effets de la crise économique commençaient à se faire sentir. J'en parlais ici même puisque cela affectait ma recherche d'emploi: les embauches ralentissaient et la pression à la baisse sur les salaires se renforçait de mois en mois. Pour un jeune expat diplômé, les annonces de petits boulots passaient d'un salaire de 18.000 € bruts annuels en mai-juin 2008 à 15.000€ en septembre puis 12.000€ un an plus tard...

Parallèlement, le chômage explosait : à commencer par le secteur du bâtiment, premier touché par l'éclatement de la bulle spéculative sur l'immobilier, on licenciait massivement. La consommation baissait, la croissance ralentissait, et rapidement les différents secteurs de l'économie ont été touchés. Des millions d'emplois, d'abord peu qualifiés, ont été supprimés et dès 2009, le chômage repassait à nouveau au-dessus des 18%.

Un durcissement des conditions de travail et de vie, qui se traduit aujourd'hui par une nouvelle émigration

Six ans plus tard, la crise, dont on n'imaginait pas, alors, l'ampleur, et qui a généré de véritables drames pour des millions de personnes, a bouleversé le paysage du marché du travail en profondeur. Même si la balance commerciale espagnole est excédentaire depuis fin 2013, même si le gouvernement (du Parti Populaire, conservateur) se targue que ses mesures d'austérité ont eu l'effet escompté et qu'on voit la fin de la crise, le chômage stagne au dessus des 26% et pour beaucoup d'étrangers en Espagne, il n'y a plus de beurre depuis longtemps et c'est la fin des haricots... L'heure est à nouveau aux migrations, mais cette fois, pour un retour au pays.

El País publie les données de l'Institut National de Statistiques sur le solde migratoire et en 3 chiffres, on prend la mesure de ce qu'on entend et entrevoit au jour le jour : en un an, un demi million de personnes a quitté l'Espagne (la majorité des étrangers)! Parmi eux, 80.000 Espagnols ont émigré pour chercher un travail. Du côté des étrangers, on constate un recul de près de 8%: soit 257.000 personnes qui sont parties...


La majorité de ces étrangers qui partent sont des travailleurs peu qualifiés, originaires d'Amérique latine, (Equateur, Colombie, Pérou et Bolivie essentiellement). Ils ont formé les bataillons de main-d'oeuvre bon marché, dans le bâtiment, dans le tourisme, la restauration ou les services de maison, dont l'Espagne a eu besoin pendant sa période faste du "béton roi". Ils se retrouvent aujourd'hui sans emploi, sans protection sociale et parfois sans maison, hypothéquée par la banque. Ils retournent chez eux, fatigués de ne plus décrocher au mieux que des petits boulots de quelques heures, payés de plus en plus mal et le plus souvent au noir.

Après les latino-américains, les plus nombreux à partir sont les Marocains, 2e population étrangère après les Roumains : ils sont aujourd'hui 6% de moins qu'en 2013.

Mais même les Chinois et les Européens sont plus nombreux à partir qu'à arriver en Espagne! Les Allemands (-2,55%), les Anglais (-1,45%) et les Français (-1%) s'en vont aussi majoritairement, de même que les Roumains (-5%). Au final, selon les chiffres de l'INE, il n'y a que les Italiens qui sont un peu plus nombreux entre 2013 et 2014 en Espagne (+0,7%) !

Si malgré tout, vous voulez tenter l'aventure et chercher un travail en Espagne

Alors, si les remarques générales que je faisais dans l'article de 2008 trouver un travail en Espagne sont encore valables aujourd'hui, il vaut mieux savoir les choses suivantes : 

1. La recherche d'emploi en Espagne est devenue une lutte pour l'emploi : aujourd'hui, les entreprises qui recrutaient des jeunes diplômés européens pour des salaires de 1.000 € par mois en 2008 "embauchent" des stagiaires aux mêmes postes.

2. La pression à la baisse sur les salaires s'est encore accentuée, et pas seulement à l'embauche: les syndicats constatent que les salaires ont littéralement baissé, puisque de source officielle, l'inflation cumulée entre 2007 et 2013 a atteint 13,5% et dans le même temps les salaires ont augmenté de 8,7% chez les salariés et seulement de 4,9% chez les cadres moyens (source: article "l'export fait vivre, mais..." de Libération, novembre 2013)

3. Pour les étrangers qui souhaitent s'installer en Espagne, l'inscription au registre des résidents étrangers, qui permet l'obtention du Numéro d'Identification des Etrangers se fait désormais sous conditions, même pour les ressortissants de l'Union Européenne : il faut pouvoir démontrer qu'on a un travail et/ou une couverture sociale, bref qu'on ne sera pas à la charge de l'Etat espagnol, pour obtenir le NIE, or c'est le sésame pour décrocher un travail légalement et payer des impôts...

4. La précarité est la règle : les CDD sont la norme et un CDI n'est plus synonyme d'une certaine sécurité de l'emploi. La réforme du marché de l'emploi du gouvernement de Rajoy en 2012 a "flexibilisé le marché du travail", c'est à dire, entre autres, facilité les licenciements. Ainsi les entreprises n'ont plus à payer autant d'indemnités aux salariés en cas de licenciement (on est passé de 45 à 33 jours d'indemnités par année travaillée).

5. Les indemnités de chômage sont plafonnées à 1.000€ par mois, et d'une durée maximale d'un an!
La fondation de l'ancien Président José María Aznar est d'ailleurs partisane de supprimer le droit au chômage et d'en faire une assurance privée... A bon entendeur!
Si vous souhaitez rentrer en France après avoir cotisé en Espagne, les conditions pour exporter vos indemnités sont drastiques... mais ce sera pour un prochain post!

viernes, 27 de junio de 2014

Escapades d'un jour autour de Madrid : Alcalá de Henares

Alcalá de Henares est une petite ville de la banlieue madrilène, à une trentaine de kilomètres au Nord-ouest de la capitale, inscrite au Patrimoine de l'Humanité par l'UNESCO. Elle doit ce titre et sa renommée à son université, une des plus fameuses et anciennes du pays, à sa vieille ville et au fait d'être le lieu de naissance de Cervantes, le Papa de Don Quichotte.

Sur le site de l'office de tourisme de la ville, Alcalá se présente comme un des "centres culturels les plus importants d'Europe" : "Bigre, ça fait 6 ans que je suis à Madrid, et je n'ai pas encore vu ça?" Quelle honte... tout de même, je ne pouvais pas retarder plus une visite dans un endroit qui paraissait si alléchant.



Et me voilà partie pour découvrir la ville. On commence par un tour à l'office du tourisme, qui nous indique les principales curiosités et les horaires des monuments et des visites: visiblement actualisés, ces horaires étaient pourtant erronés, alors attention, il est préférable de se rendre sur place et surtout de prévoir de visiter les différents lieux avant 18h, heure à laquelle tous ferment leurs portes.

Nous avons débuté la visite proprement dite par l'université si renommée. Fondée en 1499 par le Cardinal Cisneros (rassurez-vous, je m'arrête là pour les noms et les dates, si ça vous intéresse, tout est à un petit clic d'ici, sur la page d'Alcalá de Henares sur Wikipedia), les bâtiments de l'époque abritent aujourd'hui l'administration de l'actuelle université et sont ouverts en partie au public : On peut donc se promener gratuitement dans les patios ou, ce que je recommande, faire une visite guidée, seul moyen d'entrer dans différents lieux inaccessibles autrement.
La visite guidée dure 40 minutes, elle permet d'en savoir beaucoup sur l'histoire du lieu, de déchiffrer son fronton magnifique et d'entrer dans la chapelle et le Paraninfo (amphithéâtre), où se remet chaque année le prix Cervantes, pour y admirer le plafond mudéjar.

Détail du plafond du Paraninfo de l'université d'Alcalá de Henares

Les repas d'un bébé ayant des horaires qu'il vaut mieux respecter, nous avons enchaîné avec un déjeuner à l'Hostería del Estudiante. Si l'endroit a conservé le nom et le style, il n'a plus rien à voir avec le restaurant universitaire qu'il a été, puisqu'il s'agit d'un des meilleurs restaurants de la ville, et certainement l'un des plus guindés. Le lieu vaut le détour, car on poursuit le voyage dans le temps, devant la grande cheminée, le mobilier en bois foncé et aux formes rustiques, et même à la lecture du menu, qui propose des spécialités de l'époque de Cervantes et de la région de Castille. Pas très branchés par ces spécialités du XVI-XVIIe siècle (perdrix, tripes, pot-au-feu...), surtout par 30º, nous avons pris des plats plus modernes, viandes et poissons, simples et bons. Nous avons en revanche goûté le dessert local, la costrada de Alcalá, un mille-feuille avec de la pâte feuilletée et de la crème patissière: pas mal du tout!  

Après déjeuner, la Cathédrale nous attendait : Elle est la seule au monde avec l'église Saint-Pierre de Louvain, à porter le nom de "cathédrale magistrale". Là encore, avec un tel titre, je m'attendais à quelque chose de... magistral? Hé bien pas du tout: le terme de magistral lui vient du fait que les chanoines devaient être docteurs en théologie et n'a rien à voir avec l'architecture... Et il faut avouer que l'édifice, de style gothique isabelin n'a rien d'exceptionnel, d'autant que la cathédrale a souffert d'un incendie pendant la guerre civile (1936-39) et qu'elle a été reconstruite par la suite, sans les chapelles. Dans le cloître (également décevant par ailleurs) une exposition sur les "Saints Enfants" patrons d'Alcalá de Henares apporte quelques éléments d'information sur les origines de la ville et l'histoire du diocèse. Images et infos relèvent un peu la visite (2 € sans audio-guides), qui par ailleurs n'est pas franchement ébouriffante.
 
Mais le plus sympa, c'est de déambuler dans la vieille ville : sous les arcades de la calle mayor, le rythme est bien plus tranquille qu'à Madrid. C'est tout petit mais les belles pierres et les maisons basses ponctuent la balade, et surtout, les terrasses sont nombreuses et les tapas généreuses

En conclusion :
La visite est chouette, mais pas inoubliable. Les bâtiments du centre ville méritent leur titre de Patrimoine Mondial de l'UNESCO, certes, mais on en a vite fait le tour. Cette appellation n'est d'ailleurs pas super rare (9 villes espagnoles sont "ciudades patrimonio"), et pour une escapade d'une journée en dehors de Madrid, Aranjuez, également patrimoine de l'humanité, vaut plus le détour, à mon avis (bien qu'un peu plus éloigné et moins facile d'accès).

Nb: Il faut toutefois reconnaître que nous avons manqué plusieurs monuments et musées : le site romain, qui n'est pas situé directement dans la ville actuelle, est semble-t-il à voir. Mais avec un petit bébé, nous avons fait volontairement l'impasse dessus ainsi que sur le musée Palacete Laredo, et nous avons préféré nous promener dans la ville et le parc. Petit regret: on a aussi raté la maison natale de Cervantes qui fermait à 18h (mais franchement, les regrets sont limités, d'abord parce qu'il y a des maisons où Cervantes a vécu/mangé/écrit dans toute la Mancha et puis je ne suis toujours pas allée visiter le musée Cervantes à Madrid alors...) 

DONC :
- Si vous avez peu de temps à Madrid et ses environs, ce n'est pas la priorité nº1.
- Si vous passez un peu de temps à Madrid et avez envie de sortir de la grande ville, pour voir en une demi-journée une architecture typique de Castilla-La Mancha, avec ses belles pierres, ses maisons basses et ses rues piétonnes où il fait bon se promener, c'est un bon rapport temps-dépaysement.
- Si vous vivez à Madrid, que vous avez déjà vu Tolède, l'Escorial et Aranjuez, oui clairement, c'est une visite à faire : c'est très dépaysant et c'est à quelques minutes de voiture, de bus ou de train, donc je recommande.

Pratique : le site de l'office de tourisme d'Alcalá de Henares répertorie les monuments et donne toutes les infos pour Y aller, y manger et que visiter (le français laisse à désirer mais on comprend grosso-modo le message)

viernes, 20 de junio de 2014

Felipe VI, nouveau roi et renouveau royal en Espagne

Les cérémonies de couronnement du nouveau roi d'Espagne se sont déroulées hier, 19 juin. Felipe VI a prêté serment et fait son discours d'intronisation devant le Parlement à Madrid. Il s'est employé à séduire alors qu'il hérite de la lourde tâche de redorer le blason de la monarchie espagnole.
Felipe VI, Letizia et les infantas Leonor et Sofia.
Le message clé : renouvellement
La monarchie est encore loin d'être enterrée puisqu'une majorité d'Espagnols y est semble-t-il attachée, mais les déboires de Juan Carlos sur son yacht, ou à la chasse à l'éléphant ainsi que la mise en examen de l'infante Cristina après celle de son handballeur de mari ont ébranlé la popularité de la Casa Real. Ce désamour est particulièrement notable auprès des jeunes et des électeurs de gauche.

Dans ce contexte, il était vital que Felipe VI montre une volonté de rupture avec le passé, au moment de monter sur le trône. Bon, évidemment, ça fait 40 ans que le petit Felipe se prépare pour devenir roi et on ne risquait pas de le voir faire la révolution et envoyer balader toutes les convenances... Comme le protocole l'imposait, il a prêté serment en uniforme militaire et a reçu de son père la ceinture rouge de capitaine général des armées, mais quand même, pour les observateurs avertis, il semblerait qu'un air frais souffle au Palais.

Sans aucun doute conscient de l'enjeu de l'exercice, Felipe VI a multiplié les signes de cette volonté de "renouveau" :
1) la cérémonie a été laïque, et contrairement à ce qui s'était passé pour son père il y a 39 ans, il n'y a pas eu de messe célébrée à la cathédrale.

2) Seule Elena, une des deux "infantas", soeurs du nouveau roi a assisté à la cérémonie, avec son fils Froilan : Cristina et sa famille n'étaient pas présents.

3) Par un effet bienvenu de l'organisation des cérémonies, Juan Carlos n'était pas présent lorsque Felipe a prêté serment puisqu'il l'a laissé au Palais de la Zarzuela où le père avait remis la ceinture rouge au fils.

4) Prenant ses distances avec les affaires, il a promis "une monarchie intègre, honnête et transparente".

5) A part le gimmick lui-même de "monarchie renouvelée pour des temps nouveaux" déjà martelé auparavant et visiblement le message que la Casa Real voulait imposer dans les esprits, Felipe VI a filé la métaphore en déclarant aborder son règne avec "l'esprit ouvert et novateur qui inspire les hommes et des femmes de [sa] génération", tout au long d'un discours qui se voulait résolument ancré dans son siècle, où ont eu droit de cité nouvelles technologies, environnement et rôle de la femme dans la société.

6) Last but not least, à en croire les commentateurs de la chaîne antena 3, c'est ce même désir de renouveau et de proximité avec le peuple qui a amené Felipe à effectuer debout dans une voiture découverte le chemin qui l'a amené du Congrès des Députés au Palais Royal...
S'il ne fallait qu'un tour en voiture découverte pour se rapprocher du peuple, je pense qu'on verrait plus souvent nos gouvernants se balader en décapotable (en France c'est ptet plus hasardeux, vu les conditions météo du dernier début de mandat!)), mais ce n'est que mon avis !

Dans les boutiques, drapeau et photo du couple royal: 
moderne, non?

Féminisme et modernité!
Les commentateurs voient dans cette modernité et humilité affichées l'influence de sa femme, Letizia Ortiz, une "roturière", ex-présentatrice télé et divorcée! Letizia, issue de la classe moyenne, avec qui Felipe s'est marié par amour (ça c'est moderne!) souhaiterait, disent-ils, oeuvrer pour rapprocher la monarchie de ses sujets et de leurs préocupations.
La rumeur court notamment que le couple royal prendrait comme première mesure la suppression de la révérence pour les dames... Hé ouais, on y pense pas assez, mais il est vrai que c'est une injustice criante : on a vu Mesdames les ministres esquisser cette petite génuflexion devant le roi puis hésiter devant Letizia, tandis que Messieurs les ministres leur tendaient la main normalement.

En 2014, c'est vrai que c'est un peu has-been, alors pourquoi pas supprimer la révérence, ça coûte rien et ça fait moderne. En revanche, si je puis me permettre, ce n'est peut-être pas la première préoccupation des Espagnols...

Le discours du Roi en intégralité