
Alors même les plus nuls en classe, même les non-hispanophones ont déjà entendu parler au moins une fois des fêtes de Pâques en Espagne...
Mais si, allez creusez vos méninges :
La
semana santa, vous savez ? Les processions, les églises qui font trimballer des statues dans la ville à dos d'homme, les défilés de pénitents, les uns pieds nus, les autres en train de se flageller mais tous avec une cagoule à pointe (j'ai pas dit un casque !)...

Cette sainte semaine est certainement la plus belle démonstration de ce que peut être l'Espagne traditionnelle, avec son catholicisme doloriste revendiqué : ce qui importe et on se fait 2 jours de deuil, pardon 2 jours feriés au passage, c'est la mort du Christ, c'est sa crucifixion et la douleur que cette perte et ce péché supposent.
Dieu est mort, vive Dieu ! Oula, là je m'emballe... vla que je deviendrais nietzschienne à force de vivre dans le pays de la Sainte Inquisition (ok la nuit de la saint Barthélémy fut pas franchement une partie de rigolade pour les protestants sous nos latitudes, mais là n'est pas le sujet) et où encore en 2009 les cathos s'affichent sans vergogne.
Bref. ça m'avait jamais choquée mais c'est vrai qu'à Pâques, les
catholiques gaulois célèbrent la résurrection. Le jeudi avant Pâques, le jour de la dernière cène est fêté vite fait, le vendredi on fait la gueule (on ne dit pas de messe, et y a qu'en Alsace que c'est ferié, héhé) et puis on fait la teuf parce qu'alleluïa Christ est résucité. Il nous faut le lundi pour nous remettre de la victoire de la vie sur la mort.
Une semaine de passion Bon ben ici, non. Selon les villes, les célébrations commencent dès le dimanche des Rameaux, voire le vendredi d'avant (appelé Viernes de Dolores) et durent jusqu'au Samedi et dimanche de Pâques (d'où le concept de semana santa : une fois de plus les Espagnols font plus fort que nous !), mais c'est dans toute l'Espagne au plus tard le jeudi et le vendredi qu'on célèbre la passion et la mort du Christ, qu'on se met à genou et qu'on se flagelle pour expier le crime, pour montrer sa douleur.
Cofradias, Hermandades y pasos Les confréries, groupes de fidèles laïcs, (cofradias), se mettent en 4 pour porter le christ, ses saints et le poids du monde sur leurs épaules. Ils portent en procession les pasos, ces autels richement décorés, dressés autour de groupes monumentaux qui représentent Jésus ou Marie sous toutes leurs formes : Cristo Rey, Cristo del Gran poder, Cristo el pobre, Virgen ceci ou Virgen cela.
Ces gens ne sont pas des membres du Kukluxclan mais des membres d'une cofradia.
Ces nazarenos portent la cagoule (le capirote), ici à Séville. Séville est très connue pour sa semaine sainte, mais toutes l'Espagne catholique participe et beaucoup se vantent d'avoir les plus belles ou les plus impressionnantes processions, citons notamment Valladolid, Zamora ou Palencia, sans oublier bien sûr Madrid.
Les pasos rivalisent de dorures et de moulures, de tissus chamoirés et de lumières (autant pour le voeu de piété...) Un étalage impressionnants de vierges aux habits de velours, portant couronnes et bijoux et aux yeux dégoulinants de larmes...
Les femmes aussi peuvent être membres de hermandades (nom donné aux confréries de femmes)
et porter les pasos.
Décrit comme ça et avec ces images, ça fait légèrement flipper mais bon en vrai, il faut quand même dire, (je prends le risque d'être excommuniée par amour de la vérité, quelle téméraire je suis!) qu'en 2009, le caractère pieux de l'événement prend le pas sur la carte postale et l'opportunité mercantile.
Crucifixion et tourisme font bon ménage Il me semble que la tradition se perd (y a plus de saison ma brave dame), et que les processions ressemblent plus à des attractions supplémentaires pour les touristes, qu'à des démonstrations de foi. Dans les rangs du public venu admirer les processions, les gens ont plus le guide touristique que le chapelet à la main.
Cette impression me paraît confirmée par une pancarte vue récemment à Madrid, à l'entrée d'une église, qui appelait les volontaires à venir porter les pasos, quand, il fut un temps, cet honneur n'était réservé qu'aux plus fidèles d'entre les fidèles.

Acte de foi ou spectacle, dans tous les cas, la semana santa vaut le coup d'être vécue, au moins une fois, pour se faire sa propre opinion !